Des fables d’Ésope, dans l’Antiquité grecque, à celles de La Fontaine, j’ai inspiré bon nombre de vos conteurs et poètes. Savez-vous à ce propos que mon nom provient du roman moyenâgeux de Renart ? Fut un temps, en effet, vos ancêtres m’eurent prénommé Goupil. Tantôt rusé, tantôt grand sage, ou encore diabolique, vous n’avez eu de cesse de m’attribuer les plus belles des vertus comme les plus saugrenues.

” Mais me connaissez-vous vraiment ? ”

De la famille des canidés, vous m’identifiez en France sous ce beau pelage roux qui me permet de résister à des températures atteignant les -13°C. Mais sachez-le, beaucoup de mes congénères se parent de couleurs tout aussi élégantes, allant du blanc immaculé au noir ébène en passant par le gris argenté… Enfin… Je crois que cela en revanche, vous ne le savez que trop bien. A en juger par les capuches des manteaux de certains d’entre vous.

Très attaché à mon territoire, je suis plutôt solitaire. Mais il n’est pas rare de me voir accompagné de ma moitié et de décider de prolonger les moments en famille. Bien que vous m’ayez classé dans l’ordre des carnivores, je suis, tout comme vous, un petit omnivore. Bien sûr, mes mets favoris sont les petits rongeurs, pour le plus grand bonheur des agriculteurs. Eh oui !

” Ce que la coccinelle est au maraîcher, je le suis au fermier: un auxiliaire de culture. ”

 

Mon petit estomac me pousse à régulièrement m’alimenter, pouvant ainsi consommer jusqu’à 10 000 petits rongeurs par an. Mais ce qui me caractérise aussi, c’est mon extraordinaire capacité d’adaptation. Outre mulots et campagnols, je me nourris d’animaux morts, évitant ainsi la prolifération de maladies. J’affectionne également les végétaux, les champignons, les fruits et les graines, devenant ainsi un vecteur important de propagation pour certaines espèces comme le merisier. Vous me croyez nocturne ? Détrompez-vous ! Là encore, je me suis adapté à vous, préférant la tranquillité à la nuisance de vos activités diurnes.

Véritable natif de cette belle canopée européenne, je figure sur la liste peu nombreuse des prédateurs de la forêt. Sans aucune prétention à rivaliser avec vous, bien entendu… Ainsi, je joue un rôle important dans la sélection naturelle, laissant peu de chance aux éventuelles épidémies de se propager.

” A ce propos, saviez-vous que je suis aussi un allié dans la lutte contre la maladie de Lyme ? ”

Il a été prouvé que dans les zones où j’ai élu domicile, les tiques infectées sont moins présentes. Rien de bien compliqué à comprendre puisque les petits rongeurs dont je me nourris sont des vecteurs importants de la maladie.

Mais attendez ! Je n’ai pas fini de vous surprendre. Je suis également doté d’une extraordinaire qualité dont m’a fait cadeau Dame Nature. Il s’agit de ma capacité d’autorégulation. Je m’adapte en effet parfaitement à mon environnement et aux ressources qu’il peut m’offrir, en régulant le nombre de renardes gestantes ainsi que celui de renardeaux par portée. Ma bien-aimée peut ainsi générer un nombre d’embryons variant de 1 à 14. Incroyable non ? Je ne suis donc, pour ainsi dire, jamais en surpopulation.

” Alors, pourquoi me considérer comme nuisible ? ”

Car si je me réfère à la définition renseignée dans votre Larousse, nuisible se dit « d’une espèce animale dont la présence cause des dommages, en particulier dans l’agriculture ».

Me détestez-vous donc parce qu’il m’arrive de prélever quelques-unes de vos poules ? Si je suis un petit opportuniste, sachez que je ne pénètre jamais dans un poulailler bien protégé. Et si certains de vos faisans d’élevage se perdent sur mon territoire, que représentent les deux ou trois oiseaux que je me suis octroyés sur les milliers que vous avez relâchés en vue de les tuer ? Pouvons-nous vraiment mettre dans la balance la perte de quelques-unes de vos proies due à la nécessité de me nourrir, face aux 600 000 à un million de mes frères et sœurs victimes inutilement de votre chasse chaque année en France ?

Ou peut-être, me haïssez-vous tant à cause de l’échinococcose alvéolaire dont je peux être porteur ? Certaines de vos études ont même prouvé que mon extermination engendrait une augmentation de la prolifération de ce ver, parfois jusqu’à 55 %. Sachez-le donc, nous tuer par millions n’arrangera rien à la propagation de ce parasite. Bien au contraire. Ainsi, il n’y a pas de quoi paniquer si vous adoptez des gestes simples d’hygiène comme laver les myrtilles et légumes que vous ramassez dans des zones où je me trouve. Par ailleurs, n’oubliez pas que vos chers compagnons à 4 pattes sont aussi porteurs du parasite et qu’il y a plus de chance que vous les étreignez plus souvent que moi, qui préfère de loin, sauf votre respect, rester dans ma forêt.

D’ailleurs, souvenez-vous, vous m’aviez montré du doigt il y a une quinzaine d’années à cause de la rage dont j’étais porteur. Ce ne sont pas vos abattages à répétition qui ont résolu le problème, mais un vaccin oral. Alors, pourquoi réitérer ce massacre, sachant que vos chercheurs ont déjà mis en place un moyen équivalent pour vous débarrasser de l’échinocoque ?

Alors, si vos abattages sont inefficaces, pourquoi continuer de me traquer jour et nuit ? Pourquoi alterner des techniques de chasse, parfois profondément cruelles, les douze mois de l’année ?

” Pourquoi m’infliger autant de souffrance alors que je vous suis si utile ? ”

Je ne peux me résoudre à penser que la persécution dont je suis victime découle d’un unique plaisir de tuer.

Bien que mon récit soit le reflet d’une réalité qui vous est bien souvent cachée et non celui d’une fable joliment contée, puissions-nous tout de même y trouver une moralité. Ne vous fiez pas à ce que l’on raconte et ne jugez pas sans connaissance de cause. Car ceux qui cherchent à vous induire en erreur en vous cachant la vérité, le font bien souvent dans leur propre intérêt…

 

 

Sources :

– Revue internationale Preventive Veterinary Medicine (Comte et al., 2017)
– Colloque Renard – Roger Schauls (ASPAS)
– Bakken, Harris et Webbon in Nature 2002, vol 419
– www.agriculture-de-conservation.com
– Larousse
– blog.defi-ecologique.com
– www.conseils-veto.com