Je parie que la plupart d’entre vous n’avait jamais entendu parler de moi avant de devoir rester cloîtrer chez soi.

Pourtant, soyez-en sûrs, je gagnerais à être connu de maintes points de vues. Je me prénomme pangolin. Ce petit animal à la morphologie étonnante et à la démarche amusante. Je suis quand même le seul mammifère sur terre à être recouvert d’écailles. Une incroyable armure qui me permet de résister aux attaques de mes mets préférés, les fourmis. J’en consomme des milliers par jour, vous imaginez ? Car oui, je suis ce que l’on appelle, une espèce myrmécophage: je me nourris exclusivement de fourmis, de termites et de petits invertébrés que ma langue fine, longue (parfois près de 30 cm) et collante me permet de dénicher. Mes griffes vous impressionnent ? N’ayez crainte, elles ne me servent en l’occurrence qu’à creuser le sol afin de me nourrir. Je n’ai pas non plus de dents et je me déplace lentement. Alors, pour me défendre contre les opportunistes qui seraient tentés de me croquer, je m’enroule sur moi-même. Ma belle armure écailleuse me permettant cette fois-ci de me protéger des prédateurs…

Malheureusement pas de tous. Car elle s’avère inefficace contre vous. Pire encore, elle est l’objet de votre convoitise aussi ravageuse qu’infondée. La médecine traditionnelle chinoise lui accorderait de prétendues vertus aphrodisiaques et curatives. Pas de chance pour moi.

Quand on sait que je demeure l’un des plus vieux survivants de l’ère des dinosaures, qui eût cru qu’il faille attendre votre arrivée pour que le destin me réserve ce bien triste sort ?

Vous serez étonnés d’apprendre que je suis l’animal le plus braconné au monde. Vous pensiez qu’il s’agissait des éléphants ou des rhinocéros ? Et bien non. Aussi inoffensif qu’innocent, c’est pourtant moi qui détiens ce triste record.

10 millions des miens ont été tués ces dix dernières années pour alimenter votre trafic.

Un trafic aussi dévastateur qu’illégal, puisque le petit fourmilier solitaire que je suis figure sur la liste des animaux en danger critique d’extinction. Ayant presque disparu d’Asie du Sud-Est, c’est désormais sur le continent africain que je suis traqué sans relâche. Vous vous demandez alors pourquoi je ne fais pas partie de ces malheureux que vous élevez ? Et bien tout simplement, car étant un grand stressé qui cesse de s’alimenter lorsqu’il se sent en danger, je fais partie de l’une des rares espèces à ne pouvoir évoluer en captivité.

Mais aujourd’hui, en plus d’être la victime de vos folles croyances, je suis devenu l’objet de votre paranoïa.

Alors qu’hier vous m’attribuiez le pouvoir de vous rendre fertile, vous me collez aujourd’hui sur le dos celui de transmettre le coronavirus vous décimant ainsi à grande échelle. Encore une fois, vous vous méprenez sur toute la ligne. Je ne sais que trop bien l’effet que cela fait d’être au centre d’une éradication massive et pour rien au monde je ne vous l’aurais souhaité.

Seulement voilà. Il faut savoir que la déforestation à grande échelle, en plus d’entraîner le réchauffement climatique et l’extinction massive des espèces, entraîne la destruction de l’habitat de ces dernières qui se voient dans l’obligation de se rapprocher des êtres humains. Or, tous les êtres vivants, vous compris, hébergent des micro-organismes. Celui qui vous terrifie tant, le SARS-CoV-2 et que vous appelez communément coronavirus, est le résultat de la mutation de ces microbes, inoffensifs pour les animaux sauvages, en agents pathogènes humains. On appelle ce phénomène le « passage de la barrière d’espèce ». Si la théorie de certains de vos chercheurs se confirme, peut-être aurais-je, en effet, participé à la transmission de ce virus. Mais en aucun cas vous ne pouvez m’attribuer le premier rôle dans ce scénario catastrophe.

Alors que ce virus touche en plein coeur votre société, ne serait-ce pas le moment de remettre en question votre mode de vie afin que nous puissions retrouver un semblant d’équilibre qui puisse profiter à tous ? 

Et si en fin, ce virus était le déclencheur d’un changement durable qui redéfinirait les limites de votre règne sur cette belle planète que nous partageons ?

Sources :

Nat Géo France, France 5, France 2

https://www.la-croix.com/environnement/Le-pangolin-dAfrique-mammifere-braconne-monde-2020-03-12-1201083636

https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/opinion-coronavirus-le-pangolin-ny-est-pour-rien-1187258